Ce samedi, Roman Polanski a été arrêté à son arrivée par avion sur le sol Suisse, où il devait recevoir une récompense pour l'ensemble de sa carrière. Les autorités Suisses ont en effet été l'objet d'une demande en ce sens émanant des Etats Unis, qui ont enfin trouvé l'occasion d'arrêter le cinéaste recherché depuis plus de 30 ans.
En effet, en 1977, Roman Polanski est accusé de viol sur une mineure de 13 ans. Estimant qu'on s'acharne contre lui et que la justice n'entendra pas raison dans ce dossier, il fuit en France. Et
pendant 30 ans, il évitera scrupuleusement tout voyage à destination des Etats Unis (l'Oscar pour son film "Le Pianiste" a d'ailleurs été remise à Harrison Ford, qui la remettra lui-même au
réalisateur à l'occasion du Festival de Deauville) ou d'un état ayant des accords d'extradition avec celui-ci. La raison pour laquelle la France n'aurait pas accordé l'extradition m'est inconnue,
mais elle est à noter qu'elle a droit de refuser l'extradition pour ses ressortissants (Roman Polanski avait acquis la nationalité Française en 1975) et pour des crimes pouvant conduire à la
peine de mort, à moins que les Etats Unis s'engagent sur ce point précis (pour plus d'infos sur les accords d'extradition
franco-américains). Il est vrai que ces accords ne sont que relativement récents (2002 pour les derniers, a priori 1996 pour les premiers ?).
Etonnant également, le cinéaste aurait une propriété en Suisse et ce n'était donc pas là sa première visite dans ce pays. La Suisse n'aurait-elle pas donné suite les fois précédents ou Roman
Polanski aurait-il été suffisamment discret les autres fois, (ce qui est possible puisque certains de ses proches affirment qu'il était devenu moins vigilant sur ces questions), on ne sait pas
encore vraiment. Les Etats-Unis quant à eux affirment que depuis plus de 30 ans, ils tiennent toujours un fax prêt pour le cas où ils auraient connaissance d'un séjour de cet homme dans un pays
"ami".
Depuis ce matin donc, on n'entend que ça sur les ondes: la majorité crient au scandale de cette arrestation plus de 30 ans après les faits.
Une pétition a été signée par de grands noms du cinéma, mais il serait fortement décevant et proprement scandaleux si cela suffisait à le faire libérer.
On entend que cette arrestation est incroyable quand on pense au talent de Roman Polanski. Et alors ? Qu'est ce que cela a à voir ? Parce que c'est un bon réalisateur, il devrait être intouchable
? Pourquoi pas considérer que ce que Manson a fait n'est pas si grave, puisqu'il était musicien ? Et Hitler parce qu'il était peintre aussi, non ?
On entend également que c'est horrible de l'arrêter de cette façon. Mille excuses, mais un homme qui a fui le pays qui le mettait en accusation en faisant très attention à ne pas pouvoir être
repris, comment pouvait-on l'atteindre, sinon en attendant patiemment ? Comment la justice américaine pouvait-elle fermer les yeux alors que depuis tant d'années ce fuyard la nargue avec une
réussite aussi éclatante, un travail si unaniement salué, une carrière si publique ?
D'autres encore arguent que cette arrestation montre bien la rigidité de la justice américaine, de cette Amérique qu'on n'aime pas. Il faut quand même savoir que des mains ont été tendues toutes
ces années, les avocats de Roman Polanski ont été contactés pour proposer une relative clémence si l'homme se rendait dans l'Etat qui l'avait mis alors en accusation, la Califormie. La
proposition a été refusée, ensuite chacun joue avec ses armes, c'est un peu "Attrape moi si tu peux".. D'ailleurs, tous se scandalisent, mais qui sait si Mr Polanski n'a pas volontairement laissé
la fuite se faire, qui sait s'il n'en a pas eu marre de courir, à plus de 75 ans ?
Quand à Guy Carlier, sur Europe 1 ce matin..
Il nous sert du "Et Jackson lui..". Selon Mr Carlier, Jackson aurait vu ses plaintes retirées contre de l'argent et l'Etat aurait alors abandonné les poursuites alors qu'avec Polanski ça ne
s'est pas passé comme ça, et ça c'est dégueulasse. La justice américaine s'acharne contre Polanski, alors qu'elle a laissé faire Jackson et ça c'est dégueulasse. La justice devrait savoir que
faire boire puis violer une ado de 13 ans, à l'époque c'était quelque chose qui se faisait. Je suis effarée.. D'un autre côté, je n'ai jamais bien adhérer aux chroniques de Mr Carlier alors je ne
sais que penser: était-ce du premier ou du second degré ? Je l'ai pris au premier degré sur le coup et avec quelques heures de recul maintenant, je me dis que j'ai peut-être fait fausse route, ça
ne peut pas être aussi gros tout de même.. Quoiqu'avec Carlier.. Hahaha, quelle bonne vanne. Bref, je vais quand même y répondre au premier degré.
D'une part, Mr Polanski aussi que je sache a payé la victime et elle a retiré sa plainte. Elle lui pardonne, même, parait-il. Certes l'Etat n'a pas cessé les poursuites, mais enfin, la justice
est là pour protéger la société que je sache, plainte ou non. C'est donc avec Jackson que c'était anormal, mais pas avec Polanski, de mon point de vue.
Je ne suis pas là seule d'ailleurs à penser ainsi: Pour preuve, l'affaire Geneviève Montillet, sujet du "Faites entrer l'accusé" d'hier soir.
Je passe les détails du dossier dans son entièreté, je me cantonne au sujet qui nous intéresse. La femme en question avait commandité l'assassinat de son mari. L'homme de main avait soudain repris ses esprits et était allé se confier à la police. Le mari, averti de la situation, n'a pas souhaité porté plainte pour ménager ses enfants. Rien n'a été inscrit au casier judiciaire de cette femme, ce qui parait incroyable. Elle a fini par le quitter pour son amant, qu'elle a fait assassiner quelques années plus tard. La décision invraisemblables du juge en charge du dossier de ne pas inquiéter cette femme de quelque manière que ce soit est maintenant une étude de cas classique à l'école de la magistrature. Il s'agit, j'imagine, de sensibiliser les futurs magistrats à leur responsabilité: un assassin (ou un commanditaire, peu importe), même s'il ne va pas au bout de son acte (et dans le cas présent, par une volonté tierce qui plus est) reste un assassin (ou un commanditaire) en puissance. Pour moi, le juge en question est quasi complice du second assassinat. En classant le dossier sans suite, il n'a non seulement pas protégé la future victime, mais il a de plus laissé la femme dans l'illusion que son acte n'était pas grave ou du moins que son acte était sans conséquence grave. Il est à noter que pour faire tuer son amant, elle a manipulé ses enfants, qu'elle a également détruits et rendus complice de son acte. Elle a également manipulé un de leurs amis: sachant que cet ami était battu par son père, elle l'a convaincu que son amant était lui-même violent avec elle (ce qui était faux) et qu'il devait donc l'aider à faire cesser cette situation, donc l'aider à détruire son amant. Ce jeune homme a par la suite assassiné son père pour des motifs et un raisonnement que l'on devine aisément. Que de vies donc abîmées ou détruites par le fait d'un seul juge, qui a préféré enterré un dossier plutôt que de protéger la société.
Pour finir, que dire de l'argument de Mr Carlier (peut-être au second degré, je le rappelle, mais peu importe au fond, il y a sûrement des gens quelque part qui pense comme cela, que "oh c'est pas si grave tout de même"), selon lequel faire boire une mineure pour abuser d'elle était monnaie courant au milieu des années 70 ? Au passage, il a oublié de dire qu'elle avait été droguée aussi tiens. Que dire donc ? Presque rien. Que cet homme, Roman Polanski, a eu dans le passé un comportement honteux pour lequel il doit être jugé. Et qu'au lieu de tous le défendre sous prétexte que c'est un ami et un génie, ils feraient mieux de le mettre au ban de leur société soit-disant éclairée. Et pourtant, j'adore vraiment le travail de Roman Polanski, il n'est pas question de cela. Puisque l'on crie au génie, il faut se poser la question suivante: Peut-on tout laisser faire à un homme, sous prétexte que l'attaquer serait se priver de son génie ? Il est vrai que Manson n'était pas si bon musicien et Hitler pas si bon peintre..
